Tribune : L’Université Sonfonia est-elle un enclos humain ? (Siba Guilavogui) 

0
248
L’Université Général Lansana Conté de Sonfonia (UGLC) ressemble aujourd’hui à tout sauf  à un TEMPLE du savoir. Ceux qui diront que c’est un enclos humain ne méritent pas d’être apostrophés.
Les conditions pour faciliter la disparition de façon mystérieuse d’un coffre-fort d’argent sont réunies sauf celles permettant aux étudiants de recevoir les cours de façon commode.
Les anciennes pratiques ont la peau dure, dit-on. Pendant que sur d’autres cieux, le nombre d’étudiants est défini et respecté à la lettre comme une parole d’Evangile, le concept « étudiants de l’intérieur et ceux de l’extérieur » est repris en chœur par les futurs chômeurs du pays.
A l’université Général Lansana Conté de Sonfonia, l’intérieur signifie pour les étudiants « ceux qui sont dans la salle » et l’extérieur renvoie à ceux qui, par manque de places sont perchés à la fenêtre comme des lézards, superposés les uns sur les autres comme des sardines et arrêtés comme une sentinelle ou une horde de fantassins.
Cette année, le rubicond a été atteint. Les nouveaux étudiants orientés souffrent le martyr du côté de Sonfonia à cause des conditions exécrables d’étude.
La première faille c’est le manque de place dans les salles et amphithéâtres. L’effectif de Sonfonia qui est largement au dessus des autres IES du pays, devait constituer un atout. Mais sans nul doute, c’est la véritable épine dans les pieds des autorités qui n’en font pas leur tasse de thé.
Les cailloux sont dans les bottes des responsables de cette université qui n’arrivent plus à soulever le pied pour faire face à cette épineuse question qui perdure depuis des années.  Plusieurs étudiants interrogés, ne mâchent pas les mots pour dénoncer les mauvaises conditions d’étude.
« Quand j’ai cours, je suis obligé de me lever très tôt pour avoir une place. Les salles sont remplies, la ventilation fait défaut et ceux qui viennent en retard sont contraints de s’arrêter », révèle une de nos sources visiblement peinée.
A l’UGLC-S, les peines s’enchainent comme une malédiction qui s’abat sur un village qui a pourfendu ses valeurs ancestrales. Outre le manque de place qui se pose avec acuité, l’environnement dans lequel les cours sont dispensés ne sied pas.
Avec la pléthore, les chanceux (ceux qui sont dans la salle) peinent à assimiler les explications. Non seulement, ils sont dans un vacarme sans occulter la chaleur suffocante qui transperce tout l’organisme.
Dispenser un cours à Sonfonia dans les conditions actuelles c’est comme remplir un fut d’eau percé de partout. Loin de clouer au pilori les professeurs qui s’investissent pour enseigner dans les conditions telles que nous décrivons, pêchent dans un désert.
 Le message entre l’émetteur et le récepteur s’altère à la minute près. La faute à qui ? A l’enseignant qui se bat pour faire passer son message aux étudiants indisposés ? Aux étudiants arrêtés avec le front trempé par une chaleur torride ?
Éperdument, le gouvernement par arrogance déconcertante, avait pris la décision populiste de ne plus orienter ses étudiants dans les universités privées.
Mais sauf qu’à Kofi Annan par exemple, fruit d’un seul Guinéen, le bâtiment principal vaut tout Sonfonia.  Le gouvernement actuel ressemble à un père de famille qui dit à son enfant de ne pas manger chez le voisin sans être en mesure de le nourrir.
Pendant ce temps, les enfants des ministres et directeurs généraux fuient les conditions  dégradantes et déshumanisantes d’étude à Sonfonia pour aller étudier chez les autres où l’éducation est une priorité.  Cette triste et sombre image de Sonfonia n’est que la face visible de l’iceberg.  Le chien qui a toujours le museau à terre est accusé de tout !
Dans l’avenir, ne soyez pas étonnés qu’on importe la ressource humaine pour servir notre pays.
 Siba Guilavogui, journaliste et activiste des droits humains