Immigration clandestine : Zoom sur Alassane Baldé, un Guinéen vendu comme esclave

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Malgré ses conséquences fâcheuses, l’immigration clandestine attire encore de nombreux jeunes Guinéens décidés à rejoindre l’autre bout du monde. Sur ce chemin parsemé d’embûches menant à « l’Eldorado » tant recherché, les braves candidats à ce voyage périlleux traversent tout un océan de souffrances.

Les plus chanceux de cette aventure incertaine (les survivants) subissent toutes sortes de violences, de mauvais traitements et font parfois l’objet de la traite des des êtres humains.

C’est sous un soleil de plomb que nous avons rencontré Alassane Baldé, dans le quartier Wanindara (commune de Ratoma) en ce lundi, 12 avril 2021. Ce migrant rapatrié en 2018, excelle depuis son retour dans le transport (mototaxi) comme la plupart des jeunes de son pays (Guinée).

Originaire de Tougué, Alassane Baldé débarque à Conakry en 2007 pour apprendre la peinture. A la fin de sa formation, ses parents l’obligent à fonder un foyer. Ironie du sort, dès après la célébration de cette union qu’il n’envisageait point, Alassane Baldé se retrouve dans la galère.

Dans l’incapacité de faire face aux problèmes familiaux, le seul moyen qui s’offrait à notre interlocuteur et qui lui paraissait utile, était de quitter le pays quelque soit la manière ou la voie empruntée.

C’est ainsi, en compagnie d’autres jeunes, monsieur Baldé décide d’emprunter le chemin très risqué de l’immigration clandestine dans le but d’échapper à la misère.

« Je suis peintre de profession. Dès après ma formation, je n’avais pas d’activités à réaliser. C’est dans ce contexte que mes parents m’ont obligé à se marier. Donc, je me suis retrouvé dans l’incapacité de résoudre les problèmes de ma famille. Comme j’apprenais les rumeurs qu’on peut gagner facilement de l’emploi à l’extérieur, j’ai décidé de prendre la voie illégale (immigration clandestine », a-t-il expliqué.

Dans son périple au lendemain incertain, la descente aux enfers d’Alassane Baldé débute dans la région de Gao, contrôlée par les rebelles et l’armée. Dans cette partie du Mali, les deux camps constituent une réelle menace pour celui qui rêve atteindre l’Eldorado à tout prix. Et malheureusement, il finira par tomber dans les mains des rebelles qui vont le dépouiller de tous ses biens avant de le revendre sur le marché des esclaves en Algérie.

Une triste aventure qu’il raconte avec peine et amertume. « On a été pris par des rebelles qui nous ont vendus comme des esclaves. J’ai été acheté pour faire des travaux forcés dans une cour en Algérie », a fait savoir Alassane Baldé dont la mise en liberté sera conditionnée au payement d’une rançon.  « Dans la cour où j’ai été enfermé, ils m’ont dit, si tes parents ne nous versent pas de l’argent, tu vas mourir ici. J’ai passé dix jours dans la main de ces hommes qui étaient violents. Il n’y avait rien à manger, ni à boire. Finalement, j’ai été libéré après le paiement du montant en jeu ».

Et ce n’est pas tout. Après ces jours et nuits sombres passés dans cette cour assimilable à un goulag, Alassane Baldé se voit jeté en pâture au milieu d’une communauté très hostile à la race « noire ».

Car soutient-il, « les Algériens manifestaient pour dire que dans leur ville (Alger), les noirs sont devenus nombreux. Ils étaient contre notre présence, beaucoup parmi ont subi toutes sortes de violences », décrit-il.

A en croire Alassane Baldé, c’est cette triste situation qui a précipité leur rapatriement au pays en 2018 grâce à la signature d’un accord entre le gouvernement algérien et guinéen.

Mais une fois au pays, le sentiment d’échec s’installe chez celui qui entend vaille que vaille repartir. Contrairement à la première expérience qui a viré au cauchemar, Alassane Baldé qui semble avoir tiré les leçons, entend désormais emprunter la voie légale, celle qui mène à la destination souhaitée.

« Je fais taxi moto grâce à l’OIM qui nous assiste. Mais, je n’arrive vraiment pas à m’en sortir. Je n’ai pas ce que je veux, mon souhait est de repartir mais en passant par l’aéroport et non par la voie terrestre et maritime », confie Alassane Baldé qui fait tout son possible pour déconseiller ses proches et connaissances tentés par l’immigration clandestine.

De ce témoignage vécu et raconté par un rapatrié, nous tirons la conclusion selon laquelle, au cours de l’immigration clandestine, outre l’aspect mortifère, les candidats qui prennent ce chemin périlleux restent exposés à la pratique de la traite des êtres humains.

Il est donc important pour que ceux qui n’ont pas encore emprunté ce chemin qui déshumanise, puissent prendre conscience du danger lié à ce phénomène qui vide l’Afrique de ses bras valides qui aillent mourir dans le désert ou dans les eaux. Voyager est bien mais prendre le bon chemin est meilleur.

Siba Guilavogui