Arrestations d’opposants, injustice, cas particulier de la forêt

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C’est une situation inédite, regrettable mais pas étonnant. Pendant que tous les dirigeants du monde s’activent et rassemblent toutes les forces vives de la nation autour de la lutte contre le Covid-19, les nôtres s’attèlent à régler des comptes avec les militants du FNDC qui se sont opposés aux élections illégales et illégitimes du 22 Mars.

La déportation des opposants dans les geôles de Kankan comme Soronkoni ou d’autres centres de concentration nous rappelle la sombre histoire du Camp Boiro pendant le régime de feu Sékou TOURE où des milliers de guinéens ont été condamnés sans procès équitables et torturés même s’il ne faut pas occulter la responsabilité de ceux qui avaient peut-être été coupables de « crimes ». Une pratique rétrograde à condamner avec la dernière énergie.

Le cas particulier de la région forestière en général et de Nzérékoré en particulier dépasse tout entendement et mérite une analyse particulière car le pouvoir y a dépassé toutes les limites acceptables tout comme d’autres parties du pays.

En effet, Alpha Condé et le RPG AEC dans leur ambition hégémonique considèrent cette partie de la Guinée comme un prolongement naturel de leur fief (Haute Guinée) puis que le soutien apporté par la forêt à travers Dadis et une coalition de plusieurs formations politiques portée par le RDR (parti fondu déjà fondu au RPG) avaient été décisif à l’élection présidentielle de 2010. Fort malheureusement, les populations de la localité ont rapidement rejeté Alpha CONDE et son magistère à cause de la mal gouvernance et des promesses électorales non tenues. Ainsi, depuis 2012, la région à l’instar d’autres localités paye un lourd tribut sur fonds d’injustice, d’intimidations et de répressions. L’objectif (sans se tromper) étant d’y éteindre toute voix discordante afin d’y constituer un fief imaginaire par le billet de la fraude électorale.

On y dénombre plusieurs crimes et violations de droits humains ont eu lieu mais remémorons-nous le cas révoltant et particulier de l’humiliation du patriarche de Nzérékoré dont la maison familiale avait été brulée (en marge des affrontements intercommunautaires de Juillet 2013), lui-même violenté par des militants connus du RPG AEC qui furent brièvement arrêtés puis libérés sans jugement afin de leur permettre de participer à la campagne des élections législatives de Septembre 2013 avec le pouvoir.

Ainsi, le fait que les populations de Guéckédou, Macenta, Yomou, Beyla, Lola et en particulier Nzérékoré aient massivement rallié l’idéal du FNDC en réfutant le prétendu double scrutin du 22 Mars malgré les énormes moyens matériels en financiers mis en œuvre, a laissé un gout amer dans le gosier du pouvoir et nourri une profonde haine du clan dirigeant vis-à-vis de ces populations et mi une déculottée aux hommes d’affaires politiques que se faisaient passés comme incontournables de la région.

Afin de préparer frauduleusement l’élection présidentielle de 2020 dont le seul objectif est de continuer à avoir main basse sur les richesses minières du pays, le pouvoir est donc en train de faire le ménage dans cette partie de la Guinée en profitant de la crise sanitaire et des violences électorales et post électorales qui ont été commises par sa propre négligence ou complicité.  Ce n’est donc pas étonnant qu’il continue l’arrestation de personnes innocentes comme bouc émissaires.

Si non comment pouvons-nous expliquer qu’il n’y ait pas de partisans du pouvoir interpelés ? Comment peut-on accuser des fidèles d’églises d’avoir brulés leurs propres lieux de culte ? Comment peut-on accuser des gens pour avoir brulés leurs propres maisons construites sur dure labeur ? La quarantaine de militants de l’oppositions appréhendés et transférés dans les prisons de Kankan sont ceux dont les églises ont été brulées, les maisons calcinées et les familles tuées et enterrées dans une fausse commune. Il suffit de scruter leur liste pour se rendre compte de l’évidence.  Ils ont été arrêté en grande majorité dans les villages à leurs domiciles, certains pendant qu’ils avaient érigés des cordons de sécurités pour empêcher que les affrontements du centre-ville affectent leurs paisibles localités et d’autres pendant qu’ils y arrivaient pour secourir leurs familles en danger puis que les autorités de la ville et les forces de défense et de sécurité l’auraient abandonné dans les mains des éléments de l’ULIMO et des donzos connus dans la sous-région ouest-africaine pour les atrocités déjà commises. En effet, des pasteurs avaient demandé aux administrateurs locaux à intervenir sans succès. Des Ministres de la République avaient privilégié secourir seules leurs différentes familles au lieu de faire sécuriser toute la ville (4e zone militaire). Des bourreaux pouvant être aisément identifiés dans des vidéos devenues virales dans les réseaux sociaux vivent dans l’impunité totale dans la ville puis que sous la protection du pouvoir.

Une enquête sérieuse et indépendante aurait mis en évidence plusieurs responsabilités dont celles des administrateurs locaux nommés et ceux qui ont été élus d’une part et d’autre part des hommes politiques présents dans la zone et qui ont publiquement fait la promotion de la violence. L’enquête aurait aussi permis d’identifier tous les morts ainsi que leurs causes à travers des autopsies. Mais les autorités locales en complicité avec les hommes politiques versant des larmes de crocodiles, ont préféré enterrer des dizaines de corps dans une fausse commune privant par la même occasions les familles endeuillées de faire un deuil humain et digne.

Notre justice inféodée au pouvoir ayant perdu toute crédibilité et toute légitimée, il y a donc des raisons de croire aux juridictions internationales puis que seul le départ du pouvoir actuel pourrait permettre de rétablir les populations dans leurs droits. La saisine de la CPI par des avocats français au nom du FNDC est un début d’espoir pour les victimes de ce régime.

Mais là où ce pouvoir se trompe, c’est qu’à chaque fois qu’une personne est injustement arrêtée, humiliée, condamnée ou tuée, il y a une dizaine ou une centaine d’opposants qui se reconstituent derrière. Aucun pouvoir n’étant éternel, plutôt que de continuer à terroriser le peuple pour asseoir son autorité, il devrait par une bonne gouvernance
de proximité répondant aux besoins primaires des populations à la base, les faire adhérer pacifiquement et méthodiquement à sa vision.

La résistance active et les manifestations mise en veille à cause du Covid-19 pourront donc reprendre dès après la crise sanitaire puis que le seul langage que connait Alpha Condé déjà fragilisé sur le plan de la diplomatie et de l’économie.

Pépé Francis HABA